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La mort des contrats aidés : l’Etat veut tout miser sur sa vision de la formation professionnelle

Les contrats aidés avaient été mis en place par François Hollande pour inverser la courbe du chômage. Les2/3 ont créés avant l’élection présidentielle au premier trimestre de 2017. La nouvelle ministre du Travail ; Muriel Pénicaud s’appuyant sur des études de la Dares, de la Cour des comptes qui dit que 480 000 contrats aidés de 2016 ont coûté 4,2 milliards d’euros, un coût en hausse de 22 % par rapport à 2014 (404 800 contrats aidés) a annonce qu’à compter (rétrocativité) du 1er juillet 2017, seulement 110 000 contrats aidés seront activables pour le second semestre 2017. C’est 40% de moins qu’au premier semestre et deux fois moins que l’an dernier : en 2016 l’Etat avait financé 456.723 contrats aidés.  Les CUI-CIE du secteur marchand disparaissent et les autres sont réservés à  l’Education nationale, à la police et au renouvellement de quelques emplois d’avenir. Les priorités sont donc l’Outre-mer, l’Education nationale, l’urgence sanitaire et l’urgence sociale et le ministère veut « investir dans la formation, dans le développement des compétences » et annonce un « grand plan d’investissement sur les compétences » lancé à l’automne où E. Macron promet de mettre 15 milliards d’euros sur la table. Il vise 1 million de jeunes sans qualification, 1 million de demandeurs d’emploi et verrait le doublement de la Garantie jeunes [1]. La fin de ces financements sonne comme un coup de massue pour les collectivités et les associations et surtout pour les bénéficiaires de ces aides publiques à l’emploi.

Dès le 12 juillet dernier, Les Echos rapportaient que la ministre du Travail  bénéficierait d’une rallonge  de 450 millions d’euros pour financer 13.000 nouveaux contrats aidés alors même que la loi de finances 2017 en prévoyait  280.000 contrats aidés en 2017 avec une dotation de  2,4  milliards d’€. La Ministre explique que l’Etat souhaite investir dans la formation.

Emmanuel Macron veut transformer entièrement le modèle social français.

Il lance une réforme du droit du travail par ordonnances, du RSI mais aussi de gros changements sur la CSG. Il vaut aussi  revoir le système de retraite, l’assurance-chômage, l’apprentissage mais aussi la formation professionnelle face à la mondialisation qui nécessitent de nouvelles connaissances, notamment numériques.  Le 28 février dernier il avait déjà déclaré à Angers  que « de nouveaux métiers vont être en crise, vont se transformer. Il ne faut pas dire qu’il faut préserver les emplois d’hier, il faut dire que l’on va vous réarmer pour traverser ces changements et vous former pour aller vers de nouveaux métiers« . Pour réformer la formation professionnelle, le programme d’Emmanuel Macron propose plusieurs axes majeurs :

  • Investir dans la formation professionnelle pour 15 milliards d’€ sur 5 ans pour les chômeurs de longue durée et les bénéficiaires du RSA : »Nous allons investir massivement sur les qualifications pour sortir d’une économie qui subventionne l’emploi précaire pour rentrer dans une économie qui va reformer tout au long de la vie les individus. Nous allons effectivement dépenser durant le quinquennat près de quinze milliards d’euros dans la formation des travailleurs peu qualifiés et des jeunes qui sont loin de l’emploi ».
  • Réformer le CPF compte personnel de formation (désormais englobé dans le Compte personnel d’activité (CPA))qui avait été lancé le 1er janvier 2015 pour remplacer le droit individuel à la formation (DIF). Plutôt que le créditer en heures, il serait remplacé par un crédit en €. Les personnes s’adresseraient directement aux organismes de formation. On peut alors s’interroger sur le rôle que tiendraient les OPCA.
  • Labelliser les organismes de formation : Ceci est en cours avec le Data Dock où tous les formations doivent justifier de la qualité de leurs prestations, il leur faudra désormais, rendre publics leurs résultats (impact sur le retour à l’emploi, sur le salaire, sur les compétences réelles acquises…).

Le modèle actuel de  la société civile est menacé, parce que sans doute, seules les grosses organisations seront préservées, les associations, ressources majeures des territoires, qui permettaient jusqu’alors de répondre aux situations complexes de terrain et qui travaillaient beaucoup avec des personnes en contrat aidé, sont menacées et leur disparition semble annoncée.
« Les associations sont l’une des formes de mobilisation démocratique fondamentale de notre société, leur rôle de veille, d’alerte et d’action auprès des plus vulnérables constitue un soutien moral et matériel indispensable…. 
Elles constituent le lieu de l’expérience démocratique pour de nombreux jeunes, le lieu du 1er emploi, l’espace de l’initiative d’entreprise sociale…. Bref, sommes nous devenus fous pour imposer un modèle économique brutalement, sans aucune autre alternative aux contrats aidés pour toutes ces structures dont le modèle reste très dépendant de ce fonctionnement. Les effets sont immédiats et sans recours. L’autofinancement et de nouvelles formes d’hybridation des ressources sont à rechercher mais cet arrêt brutal n’est rien d’autre qu’une politique d’usure et de mise à mort ». Samia Chabani Directrice d’Ancrages

En savoir plus :

Source : Les Echos, 11/08/17
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Sophie Etienne
Sophie Etienne
Présidente de l'association Didac'Ressources Chercheure associée à l'Université de Lille Docteure en didactologie des langues-cultures

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